FAM LE LAURAGAIS

Entre leurs mains la terre
2016

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© Hélène Blasco, Sans titre, argile modelée - vers 2000

UNE TERRE À SOI

Des corps de terre, des mots de terre, des bêtes des humains des visions. Des insolites, des nuances. Des précisions. Il y a des choses à dire, à montrer. Le langage des mains façonne les flancs de la pensée.
On pourrait sans fin malaxer déformer
Assembler les souvenirs
Pétrir la pâte à rêves
Créer la sensation
Réunir rassembler répéter revenir repartir inventer trouver
Mouvement incessant
Une image se fige  ; une pensée, une figure.
La pâte à mot. La pâte à dire. Voilà que surgissent les silhouettes dressées de Falquet, les énigmes de Corrazini, les apparitions de Zaia et Blasco, de Villanet et Dominguez.

Elles sont nues ces formes, naïves et neuves  ; elles sont naissantes, justes arrivées de pensées anciennes, une gestation longue d’années, des gestes inventés à l’instant. Ici on étire le temps. On travaille la durée. On conjugue matière et sensation. On disparaît en laissant apparaître l’autre, une part indicible, un joyau. L’opération demande du temps. Il en faut pour se sortir de là, dévoiler ses invisibles nichés au creux des paumes, au creux de la tête.
Les vivants
Les deuils
Les rêves
Les certitudes
Ces œuvres insaisissables. Mouvantes dans leur fixité. Chargées de promesses, surchargées d’attente. Colliers, parures, bourgeonnement du torse, au cœur sensible, ça parle de partout. Profondément perforés, les yeux la bouche les orifices les possibilités. Faut parler. Faut respirer. Faut voir.
Faut les voir, les croire, y croire.
Amalgame de terre et de chair, du geste et du souffle  ; chaque œuvre s’épanche. Parfois penche. Murmure à nos yeux des histoires intimes.

Ils ont sans doute été rêvés. Ils ont habités, habitent encore chaque créateur. Ils font partie de la famille, la femme aux seins couronnés et à la tête trouée, celle au creux du fond assise nue entre les bouteilles, les corps emboités, déboités, les griffures, les jouissances.

Qu’est-ce qu’on sort de la terre ? Que dévoile-t-on ? À quelle profondeur faut-il creuser pour commencer à se déterrer ? Corrazini ne tient pas debout, occupe la surface en ondulations houleuses, presque aquatiques, bulles d’air et perforations, les vides et les pleins se régalent. Villanet s’est échappé, il court à deux jambes, le corps ruisselant de couleurs. Le cheval de Blasco fait face. Massif, un genou à terre il occupe un espace à sa dimension, il s’impose.

À chaque surgissement la sensualité du matériau nous attire dans ses rets. Ramassées, compactes, denses et légères, les masses passées par les filtres de la peau et du regard deviennent la proie de l’imaginaire, en prise avec la réalité du matériau. Elles dansent à l’intérieur de leur contour. Elles modulent le chant d’une langue intime.

Chaque œuvre est une énigme posée en équilibre sur la terre, des échappées belles qui nous invitent à l’ailleurs.