FLÈCHEMULLER

Monkey business
Galerie Keller, 2007

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© Flèchemuller

MONKEY BUSINESS

Ce n’est pas au vieux singe… Que l’on apprend à regarder la vie.

Flèchemuller, fils caché de Johnny Weissmuller, se balance au bout d’une liane avec Sheeta le Singe, taquine le poisson du bout de sa ligne, habite NYC et l’Ardèche, pratique le grand écart géographique, arrache les ailes des mouches pour voir si elles volent encore…

De ces paysages urbains et naturels si opposés, il échafaude un abécédaire absurde et réjouissant, burlesque et grinçant, qui fige le sourire de ces modèles et élargit la notion d’humanité au monde animal.
Puanani, sa « fabuleuse  » femme le voit partir à l’atelier comme on va à la pêche, se demandant dans un rire nuancé d’une vague inquiétude ce que son artiste-pécheur et prêcheur rapportera au dîner.
Des prises d’otages : images de magazines, reproduites en décalé, perverties par un trait qui va accentuer l’artificiel, la vacuité.
Des mauvaises blagues : ajoutez un poisson entre les bras d’une pin up ou placez-là entre deux vaches, faites éclater une bulle de chewing-gum dans la bouche d’un enfant de chœur, observez la joyeuse insouciance d’une gamine mettant le feu à la queue du chat, ou un garçon, souriant franchement, bien propret dans son pull tricoté aux motifs de croix gammées…

Vous voilà chez Flèchemuller, un univers où les références rebondissent les unes sur les autres pour créer des écarts entre la réalité et la fiction, pour pousser la perception au-delà du convenu, pour gratter le vernis afin de mettre à jour les disfonctionnements et les ridicules de nos sociétés.
Et voici que lentement, toile après toile, dessin après dessin, ces individus isolés, enfants légèrement tordus, psychologiquement et physiquement, femmes trop fardées et déplacées de leur élément naturel, hommes simulacres de Tarzan, héros domestiques vaguement navrants, voici donc que ce régiment d’anonymes s’approche de nous, vient coller son nez contre la toile, s’incarner dans une palette infinie de gris ou de nuances vives et brillantes pour, dirait-on, nous interpeller et pointer nos petites faiblesses.

Par les grandes oreilles des filles peintes de Flèchemuller, la rumeur gonfle et s’installe : décalages subtils, visuels et sensitifs, rapprochements incongrus de figures et d’objets, le spectateur aborde un rivage qui tout en étant parfaitement familier, le bascule dans une autre dimension.
Les robes des petites filles sont trop transparentes, leurs seins trop gros, sur le bébé rigolard qui tient son biberon coule l’encre noire d’une phrase à l’aspect oriental, la galipette de chair grise risque à tout moment de basculer.
Et le rire reste en travers de la gorge.