NICOLAS FREYTAG

Reflux
du 30 novembre 2022 au 15 janvier 2023
Smederevo

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© Nicolas Freytag, The Rape of Europa (after Veronese), 2020

L’invitation à l’ivresse
...et nous coucherons avec lui...

Loth avait deux filles, dont on ignore les noms. L’aînée et la plus jeune, nous n’en saurons pas plus.
Loth avait deux filles, ainsi commence l’histoire.
Une histoire de femmes, de plaisir sexuel, une histoire de peinture et de chair, obsédante et obscène, qui traverse siècles et styles et affirme une troublante vérité : le désir des femmes renverse les trônes.
De ce motif inouï, Nicolas Freytag s’empare.
Acteur d’une Histoire de l’Art vivante qui s’écrit et s’enlumine geste après geste, il en extrait la substance noire, en subvertit les codes.
S’appuyant - allégeance - sur les anciens, flambeaux et références. Allégeant brouillant soulevant les strates du passé pour proposer une vision neuve. Les styles se pervertissent mutuellement avec une liberté jouissive.
L’artiste met en tension la frontière entre les mondes et les chronologies, entre les rumeurs et les faits, les images et leur double, le réel et le surnaturel, autant de portes d’entrée vers nos mondes intérieurs.

Au milieu de l’oblique lumineuse / obscurité à couper au couteau / la lumière irradie soudain.
Collision des pensées / le vice et la curiosité / la plasticité des émotions / tout un jeu d’influences se tisse / les règles outrepassées.

Par superposition, effacement et suggestion, le regardeur soudain privé de confort ose la subversion. De ce trouble nous voudrions écarter le voile, de voyeur nous voudrions devenir voyant : Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le dérèglement de tous les sens.1
Répétant d’œuvre en œuvre car répétition est déplacement, est creusement, est embrasement - répétition est obsession création jaillissement - l’artiste nous invite à effectuer nous-mêmes une révérence, peut-être à baiser cette main tendue, toujours tendue, encore tendue, geste arrêté, moment médian de suspens, de crise, moment primordial venu du passé et désignant le futur.
Parant, mais aussi dévêtant, jusqu’à la nudité il nous invite à approcher et faire face - ainsi le regard s’ancre puis se perd, s’enfonce et se retire, traverse une matière tissée de nuit et de clarté - le regard ainsi glisse, ou pour mieux dire dévale le long des grands formats avant d’être brusquement saisi dans le cadre resserré des Danish School, intérieur jour teinté d’obscur, chiaroscuro baroque et vives éclaboussures, scènes de caresses de dévoilement d’aguichement, portraits intimes de notre société. Sur le film polyester l’orgasme à fleur de peau, effleure la rétine.

Film, le mot n’est pas neutre, film et montage, les sensations défilent, sondent l’univers invisible qui enveloppe nos sens, et sa contrepartie, l’invisible qui agite notre esprit de visions fécondes.
A Lot, le nom du père s’évanouit, en majesté la voici, la fille de Loth, la fille d’Édith, fille de toujours, femme majuscule.


1 Rimbaud, Lettre dite « du voyant » à Georges Izambard - 13 mai 1871


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