Perrine Le Querrec

Le prénom a été modifié
Les doigts dans la prose, 2014

C’est tout noir et marche devant seule droite, avance en face debout.

C’est pas toujours dans une ruelle, dans un endroit que tu traverses pour la première fois, c’est aussi juste là, en bas de chez toi, là où tu as grandi où l’on t’a vue grandir où ils ont grandi avec toi et pendant que tu te transformais en adolescente ils se sont transformés en bande et pendant que je rêvais d’amour ils m’ont traînée dans la cave ils m’ont mise à genoux encerclée ils étaient des dizaines pour en finir avec mes rêves mon enfance ma virginité.

Le lendemain. Plusieurs. Une autre bande. Chaque jour.

Tous les jours sous mes yeux dans mon corps.

Les mêmes chemins mes pieds aux mêmes endroits. Le décor des viols depuis 15 ans.

Sauf quand je ne peux plus sortir tellement d’angoisse.

Parfois souvent au coin d’un bloc au bout d’un trottoir contre un mur à la caisse du supermarché au tabac devant la cave.

L’un d’eux.

Ses yeux sur moi.

Ça peut arriver à n’importe quel moment n’importe quel jour avec du soleil de la pluie ça peut arriver n’importe quand.

À quelques mètres de moi il est là. Soutenir le regard.

Ils sont là. Les pères de famille.

Je m’assois par terre étourdie.