Perrine Le Querrec
Mutines
La Contre Allée, 2026
Oh le sourire de Geneviève c’est son sourire qui le premier déclencha mon rire, elle tenait sa main sur son sourire la peur que quelqu’un le lui arrache, elle le tenait et il dépassait de chaque côté de sa main, et ses yeux aussi souriaient, ses cheveux son corps tout souriait et ce sourire à ouvert mon rire, un rire de joie et je regarde Jacquotte elle aussi un large sourire comme jamais je ne lui en ai vu et Berthe et Jeanne et Marthe, des sourires inédits, des sourires à carboniser les prisons et ce feu prend, le feu se répand, notre rire s’élève plus fort que les cloches de la chapelle, nos soixante rires de joie, une immense joie une joie libre une joie juste née et nos jupes battent comme pavillon-joie
Deux heures pour atteindre le toit
Deux heures de lutte, mais nous étions là
Notre rire était là
Nous étions là, mauvaises filles, dévergondées, maudites, debout plein ciel. Vivantes. Visibles. Enfants. Enfin. Enfants. Enfin. Enfants
Deux heures pour atteindre le toit
Deux heures de lutte, mais nous étions là
Notre rire était là
Nous étions là, mauvaises filles, dévergondées, maudites, debout plein ciel. Vivantes. Visibles. Enfants. Enfin. Enfants. Enfin. Enfants
|| heures se chevauchent || aucune ne s’achève || veillées ambulantes || rondes de nuit || garde permanente || un silence plus un silence plus || un silence || silences se superposent || de couchette en couchette || enfances passées sous silence || silence monte comme un sanglot || silence sanglot sangloté || garrotté || les années identiques || que peut être une vie qui n’est pas entendue || passée là || à blanchir mes cheveux et ||
|| des fois j’ai le cafard || je me dis || ma vie est finie maintenant || à seize ans et trois mois de cachot ||
|| des fois j’ai le cafard || je me dis || ma vie est finie maintenant || à seize ans et trois mois de cachot ||